Lo spirito della cordata: incontro con i fondatori di Lagoped
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Entre deux rafales de vent et dans un refuge perché en altitude, les trois fondateurs de Lagoped reviennent avec complicité sur les prémices de la marque, leur rencontre, leurs engagements. Christophe Cordonnier, Pierre Derieux et Julien Désécures reviennent sur la naissance d'une marque outdoor française à fabrication européenne, née d'une amitié et d'une passion commune pour la montagne.
Tout commence par un paradoxe. Christophe et Pierre sont Parisiens, mais des Parisiens qui s'échappent dès que possible. Pour Pierre Derieux, consultant en stratégie de formation, la montagne n'est pas un luxe, c'est une école de vie : il préfère les difficultés rencontrées entre amis en altitude aux dîners en ville qu'il fréquente peu. Depuis dix ans, il accompagne aussi des adolescents de Seine-Saint-Denis en décrochage scolaire à travers des sorties en montagne, un engagement associatif qui infuse la manière dont Lagoped pense l'accès à la nature.
Le parcours de Christophe Cordonnier est celui d'une prise de conscience progressive. Ancien expert de la finance des matières premières, il a passé vingt ans à observer l'extraction industrielle à l'échelle mondiale, l'épuisement des ressources et l'impact social des mines. Cette expérience lui a laissé une conviction simple : le modèle de consommation actuel a atteint ses limites.
Pour Christophe, Lagoped est la réponse concrète à ce constat. Son expertise lui permet de piloter la marque avec une obsession : prouver qu'on peut allier performance technique et sobriété. Il n'est pas devenu entrepreneur pour vendre plus, mais pour fabriquer mieux, en captant les ressources déjà en circulation plutôt qu'en allant en chercher de nouvelles.
Si Lagoped a les pieds sur terre (et dans la neige), c’est en grande partie grâce à Julien. Son parcours n'est pas celui d'un montagnard solitaire, mais celui d'un homme qui a dû s'éloigner des sommets pour mieux comprendre qu'il ne pouvait pas vivre sans eux.
Pour Julien, la montagne est une langue maternelle. « Mon arrière-grand-père faisait déjà de la montagne dans les années 20 », confie-t-il. Dès l'âge de 3 ans, il grimpe en refuge ; à 7 ans, il signe sa première course d'alpinisme dans le massif des Écrins. Pourtant, enfant, les guides ne le font pas rêver : il les voit comme des « paysans rustiques », loin de l'image moderne du sportif de haut niveau.
Après des études d'ingénieur à Lyon, un accident durant son service national vient briser son élan et suspend sa formation de guide. Julien se retrouve alors parachuté à Paris, travaillant comme ingénieur en informatique à La Défense. C'est là qu'il vit un véritable choc sensoriel. Il décrit cette période comme une plongée dans le film Blade Runner :
« Tu prends le métro, il fait noir. Tu travailles toute la journée dans un bureau, il fait gris. Tu ressors, il fait noir. Tu n'as aucun repère sur le temps qui passe ou la saison qui change. »
Ce contraste brutal avec les Alpes agit comme un déclic. Dès qu'il le peut, il termine sa formation et quitte le costume d'ingénieur pour la veste de guide. Cela fait maintenant 26 ans qu'il exerce là-haut.
Selon Julien, être guide n'est pas une question d'adrénaline ou de "dépassement de soi", des termes qu'il laisse volontiers au marketing. Pour lui, la montagne est un exercice de concentration absolue :
Pierre nous fait également remarquer que son ami n'a pas qu'une activité de guide qui accompagne ses clients en montagne. C'est un guide passionné et engagé dans la connaissance du milieu de la haute montagne, il y contribue de deux façons :
Au sein du trio, Julien est celui qui apporte la rigueur technique. Il ne se contente pas de porter les vêtements ; il les dissèque. Au sein du trio, il gère également la relation et les retours terrain, avec la communauté des guides, un public exigeant que Christophe résume avec malice : « Les guides n'écoutent que les guides. »
Si Lagoped existe, c'est grâce à une coïncidence. Pierre et Christophe, sans se connaître, traversent les Alpes en autonomie avec leurs familles respectives, dorment dehors, portent leurs lyophilisés.
« On a croisé un autre fou qui faisait la même chose que nous avec ses gamins. »
Le hasard les fait se recroiser deux fois de suite le même été, au milieu de nulle part. La cordée était née. Pierre présentera ensuite Julien à Christophe sur une terrasse ensoleillée à Sallanches. L'équipe est au complet.
Le nom de la marque naît d'une rencontre au refuge du Fond d'Aussois, non loin de la Dent Parrachée. « On voulait un nom lié à la nature. J'ai croisé pour la première fois, là-haut, ces oiseaux dans la neige, ils dorment dans des petits trous en hiver. C'est l'animal qui habite vraiment la montagne », explique Christophe. Le lagopède, cet oiseau qui change de plumage au fil des saisons pour s'adapter, devient le totem d'une marque qui veut, elle aussi, composer avec les contraintes plutôt que les ignorer.
À l'origine, le projet visait le sur-mesure intégral : fabriquer uniquement à la demande, voire à la pièce, pour éliminer totalement le problème des invendus et du surstock, une plaie de l'industrie textile. L'incubation chez Outdoor Sports Valley fait évoluer le modèle. Le trio comprend vite que pour porter un message écologique puissant, il faut une marque forte et identifiable, capable de toucher un large public. Lagoped ne fera pas de sur-mesure individuel, mais garde l'essence de cette rigueur : fabriquer les séries les plus justes possibles, en Europe, avec une traçabilité totale du fil au vêtement.
Le constat industriel de Christophe structure les choix techniques dès les débuts du projet.
« Quand on supprime l'extraction de nouvelles matières, on supprime 80 % de l'impact environnemental d'un vêtement. »
Lagoped en tire trois refus, pris dès 2017, bien avant que ces sujets ne deviennent médiatiques.
Zéro extraction, avec des matières recyclées comme la laine ou le polyester.
Zéro polluant, avec un refus total des PFAS.
Zéro gaspillage, avec une fabrication européenne et des vêtements pensés pour durer et être réparés plutôt que remplacés.
Le détail des seize critères qui composent l' éco-score des produits et les raisons du choix sans PFAS sont expliqués en profondeur ailleurs sur le blog.
Pour Julien, expert terrain, Lagoped doit rester irréprochable : il teste, critique et pousse les produits dans leurs retranchements avant qu'ils n'arrivent en boutique.
« On achète une veste pour l'utiliser longtemps. On ne change pas de couleur chaque année pour suivre la mode. »
Interrogés sur un mot pour définir la marque, les réponses des trois fondateurs divergent et se rejoignent à la fois. Julien répond « le bel oiseau, l'animal qui habite la montagne ». Pierre répond « vérité, amitié et esprit de cordée ». Christophe répond « liberté, la liberté de choisir sa voie, comme en montagne, mais avec la responsabilité de sortir la cordée ». Trois mots, une seule direction.
Retrouver cette exigence dans le vestiaire technique, c'est aussi comprendre pourquoi chaque veste Lagoped est pensée pour durer plutôt que pour suivre une tendance de saison. C'est une marque outdoor française qui ne se résume pas à un lieu de fabrication. C'est une tentative de filer une métaphore : celle d'un vêtement dont le fil est aussi solide et solidaire que la corde qui lie trois amis sur un glacier.
Propos recueillis par Alex Pichon, photographe et vidéaste.