Mon premier ultra-distance vélo sur la Desertus Bikus
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Traverser l'Espagne à vélo, entre sommets pyrénéens et plaines infinies, c'est l'aventure que j'ai choisie pour mon premier défi d'ultra-distance.
L’ultra-cyclisme n’est pas qu’une affaire de chiffres ou de kilomètres ; c’est une plongée dans l’inconnu. Pour mon premier grand saut, j’ai choisi la Desertus Bikus, une épreuve de 1200 km et 16 000m de dénivelé positif, traversant l'Espagne. Habitant au Pays Basque et ayant vécu en Espagne, ce terrain me semblait être une évidence. Je voulais voir l’envers du décor, loin des villes, là où le vent et le bitume dictent leur loi.
On me demande souvent : « pourquoi s’infliger cela ? ». La réponse est plurielle. Il y a le défi physique, bien sûr, mais surtout le plaisir du voyage et le partage. Sur une épreuve comme la Desertus Bikus, on part seul face à sa trace, mais on finit toujours par partager un café con leche ou un bout de route avec d'autres passionnés. Que l’on vise la performance pure ou simplement de rallier l’arrivée dans les 7 jours impartis, chaque participant vit un voyage intérieur unique, et c’est précisément ce que je suis venue chercher.
Sommaire
Une aventure de cette ampleur ne s'improvise pas. Si certains font appel à des préparateurs physiques ou mentaux, j’ai choisi l'autonomie. Ma stratégie ? Maximiser les heures de selle tout au long de l’hiver, avec un seul fil conducteur : le plaisir. Pour tenir sur la durée, l'envie doit, selon moi, toujours primer sur la contrainte.
L’objectif était simple : passer le plus de temps possible sur le vélo, peu importe la forme.
Le conseil clé :
Rien ne remplace l’itinérance. J'ai organisé plusieurs micro-aventures de 2 à 3 jours pour tester mon matériel en conditions réelles, m’habituer au poids du vélo chargé et affiner ma stratégie nutritionnelle ainsi que mon rythme de récupération. Pour une prochaine fois, j'irai jusqu'à 4 jours pour une meilleure préparation.
Le cyclisme ultra ne sollicite pas que les jambes. J'ai intégré du renforcement musculaire ciblé pour préserver mon dos, mon cou, mes épaules et mes bras. C'est ce gainage global qui permet de maintenir la posture malgré la fatigue.
Enfin, l’étape indispensable a été l’étude posturale. Passer deux heures à ajuster chaque réglage en fonction de sa morphologie et de sa souplesse n'est pas un luxe : c'est l'assurance de transformer la machine en prolongement de soi et d'éviter les blessures de répétition.
Pour ce périple, j'ai voulu privilégier la fabrication européenne et locale. Mon vélo est monté en pneus fabriqué en France et équipé de sacoches confectionnées à la main en Ariège et d'un éclairage avant et arrière produit dans les Pyrénées-Atlantique. J'étais aussi équipée d'une lampe frontale confectionnée dans un atelier situé en Bourgogne, et d'une sacoche de selle fabriquée en Allemagne. Pour en savoir plus sur l'équipement, rendez-vous à la fin de l'article.
Côté textile, j’ai pioché dans le vestiaire gravel de Lagoped de quoi compléter mon équipement :
La brassière technique KEA. En ultra, le moindre frottement devient un calvaire. La douceur du tissu et l'absence de compression aux épaules m'ont permis de l'oublier totalement pendant 4 jours.
La chemisette légère MESDALG, la pièce favorite pour casser le look "total lycra" que l’on retrouve bien souvent en cyclisme. Légère et respirante, elle offre un style élégant lors des pauses, tout en protégeant parfaitement le dos en position de pédalage.
La veste softshell UKPIK. L'indispensable des départs matinaux et des nuits fraîches. Son effet coupe-vent est bluffant.
La veste imperméable TETRAS. Elle m'a sauvée lors des orages de grêle en Castille. Ses aérations sous les bras et sa coupe longue dans le dos en font une alliée précieuse pour rester au sec sans étouffer. Je la porte par toutes les saisons et a été très utile lors de la préparation hivernale.
L'ambiance à Hasparren est électrique. Entre les notes de la Banda basque et les derniers check-ups mécaniques, la nervosité est palpable.
Minuit. La meute de 400 cyclistes s'élance. Rapidement, la route devient un ruban de lumière. Je roule avec Agathe et Baptiste.
Le premier coup du sort tombe après 35 minutes : le câble de dérailleur de Baptiste lâche. Heureusement, j'ai un câble de rechange dans ma trousse mécano. Nous tentons un sauvetage à Saint-Jean-Pied-de-Port, mais la tête du câble est coincée. On repart dans le col d'Ibañeta alors que la quasi-totalité des participants nous a doublés. La montée de 18 km se fait au son de la musique pour oublier la fatigue des jours qui précèdent le départ, en évitant les crapauds qui traversent nos phares.
Après avoir franchi le col d'Ibañeta dans le brouillard nocturne, l'Espagne nous accueille avec des paysages verdoyants aux airs de campagne anglaise. Après une descente glaciale et une réparation express à Pampelune, nous filons vers Soria. La route est longue, mais nous offre de superbes surprises pour les yeux.
La réalité de l'ultra me rattrape le soir même : les 40 derniers kilomètres vers Soria se font sous un orage menaçant, seule dans le noir. C’est là, dans la peur et la fatigue, que j’ai touché mes premières limites. Bilan de la première journée : 300km, un record absolu pour moi.
Le deuxième jour, le réveil est brutal et les jambes sont lourdes. Après un départ tardif et deux solides petit-déjeuners espagnols, nous validons le CP1 au Castillo de Atienza. Ce village de pierres est un havre où l'on échange nos premières anecdotes avec les autres participants. C'est aussi là que la beauté du paysage prend tout son sens, malgré une averse de grêle qui nous force à nous abriter dans un refuge de fortune. Nous posons le vélo après 155 km, une journée de "récupération" nécessaire pour la suite.
Le troisième jour, nous optons pour un réveil plus matinal. Nous entamons la traversée de la communauté de Madrid. Ici, le paysage change radicalement : des grandes lignes droites interminables à perte de vue. Le mental doit prendre le relais des jambes. C’est là que nous rencontrons un groupe de cyclistes, dont Michel, 66 ans, un vétéran belge de l'ultra dont la bienveillance est un véritable baume.
C'est aussi le moment où une douleur vive apparaît à l'entrejambe, sûrement causée par un frottement répétitif entre la selle et le cuissard porté (d'une autre marque). Chaque tour de pédale devient un défi contre ce frottement. Malgré cela, je m'évade en chantant à tue-tête et en comptant les lapins le long des routes de Castille-La Manche. Nous rallions l'hôtel après 225 km. Le bilan physique est lourd : la blessure est là, et elle ne compte pas partir.
Le réveil à 4h du matin est le plus dur. Je sais, au fond de moi, que ces kilomètres seront les derniers. Je lutte contre la douleur, ma vitesse chute, le plaisir s'évapore. Je salue Baptiste une dernière fois en haut d'une côte, lui souhaitant de rallier le CP2 le soir-même.
Au kilomètre 714, à Ossa de Montiel, je pose pied à terre. La blessure cutanée est trop profonde. L’émotion explose. En enregistrant un vocal pour mes proches, je fonds en larmes. L'aventure s'arrête ici. Ce n'est pas un échec, c'est un apprentissage par le corps. J'ai découvert mes limites, testé ma résilience et je sais déjà que je reviendrai.
Je mets le vélo dans la voiture de location conduite par mon amie Eugénie, photographe et vidéaste, et direction le CP2 puis le CP4 et l'arrivée pour encourager les autres participants. Un immense bravo à tous les finishers, et les non-finishers !
Pour tenir la distance d'une course d'ultra-cyclisme sans incident majeur, le choix des composants est crucial. Voici le détail de ma monture pour cette Desertus Bikus.
Au-delà du choix des composants, la sérénité passe par une mécanique irréprochable. Tout au long de ma préparation et juste avant le grand départ, mon vélo a bénéficié de révisions régulières chez mon vélociste préféré. C’est un rituel rassurant qui permet d’anticiper la moindre usure invisible.
Cadre : TREK DOMANE SL5 (2024). Un cadre en carbone typé endurance, idéal pour absorber les vibrations sur 1200 km tout en restant sous la barre des 9 kg.
Groupe : Shimano 105 complet. Fiable, précis et facile à réparer n'importe où en Europe.
Le secret d'une transmission propre : avant le départ, j'ai procédé à un nettoyage méticuleux de la chaîne et de la cassette. Au vu de la météo ensoleillée et sèche prévue, j'ai opté pour un traitement à la cire chaude. Résultat : une transmission fluide, silencieuse, et qui n'accumule pas la poussière des chemins.
Pneus : Hutchinson Caracal en 35mm, montage Tubeless Ready. Une section large pour le confort sur les chemins sans sacrifier le rendement sur l'asphalte. Zéro crevaison à déplorer sur les 714km de mon ultra.
Cockpit : Ajout de prolongateurs ZIPP pour varier les positions et soulager les poignets et le dos sur les longues lignes droites.
Éclairage vélo : Marque KLAMP (Pyrénées-Atlantiques). À l'avant, un kit 1600lm avec batterie déportée de 5000mAh montée sur les prolongateurs. À l'arrière, la lampe RX500 fixée à la sacoche. Indispensable pour rouler en toute sécurité de nuit.
Lampe frontale KISKA 3 de la marque Stoots, fabriquée en Bourgogne. Elle permet une meilleure visibilité dans les virages et sur son vélo.
Travailler la trace ! Ne sous-estimez pas les dénivelés de fin de journée. Soyez souples pour adapter vos stops en fonction de votre état de forme.
Le test longue durée est primordial ! Avant votre premier ultra, réalisez un week-end "test matos". Chargez votre vélo exactement comme pour la course et roulez sur trois jours consécutifs. C'est là que vous détecterez les problèmes de selle ou de réglages.
L'alimentation est stratégique ! Ne comptez pas uniquement sur les stations-service, même si elles sont nombreuses sur la route. J'avais avec moi des mangues séchées et barres Cooknrun, des produits sains que mon corps connaît. C'est l'assurance d'une énergie stable sans crash glycémique. Testez pendant votre préparation l'alimentation qui vous convient le mieux !
Commencer petit. Pour se lancer, organisez vos premiers week-ends à vélo et tentez vos premiers BRM (Brevets de Randonneurs Mondiaux). C'est l'idéal pour s'assurer que l'on aime passer autant de temps sur la selle.
Malgré l'arrêt prématuré, je ne garde que le positif : les rires et les kilomètres partagés avec Agathe et Baptiste, la gentillesse des cyclistes et espagnols rencontrés sur la traversée, et la fierté d'avoir porté haut les couleurs de Lagoped sur les routes espagnoles. L'ultra est une école d'humilité. Je sais déjà quels sont les ajustements qui sont à essayer sur mon positionnement et mon équipement pour revenir plus forte.
Prêts à tenter l’aventure ?