Menez Roz emmène des femmes en montagne

Femmes en montagne avec Menez Roz : Toutes ensemble au sommet

Écrit par : Lagoped

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Marie-Anne a 66 ans. Elle n'a jamais fait de sport. Elle ne connaît pas la montagne. Quand on lui propose de rejoindre Menez Roz, elle dit oui sans vraiment mesurer ce que ça représente. "Je me suis dit : tu n'as jamais rien fait pour toi, allez, vas-y." Elle se répétera cette phrase mille fois, dans les mois qui suivent, pendant les séances de préparation en Finistère, pendant la montée au refuge Albert 1er qui sera le moment le plus difficile de sa vie, et à l'arrivée, en larmes, quand elle comprend qu'elle l'a fait.

Menez Roz, c'est l'histoire de femmes comme Marie-Anne. Neuf par groupe, venues de Bretagne, toutes touchées par un cancer du sein, et toutes en train de découvrir que leur corps, après les traitements, est capable de beaucoup plus qu'elles ne le pensaient.

Menez Roz : Emmener des femmes en montagne

Isa Magois apprend qu'elle a un cancer du sein en mai 2023. Pendant la reconstruction, elle se fixe des objectifs en montagne. 

Elle comprend vite ce que ça fait : pas seulement à ses muscles, mais à sa tête, à son rapport à son corps, à sa capacité à envisager la suite. En octobre 2024, avec trois amies, elle crée l'association. Menez Roz, la montagne rose en breton. Un sommet pour toutes.


L'idée n'est pas de faire de la performance. C'est d'utiliser la montagne comme outil de reconstruction, physique et psychologique, en lien avec les équipes médicales. Les participantes arrivent par le Kemper Institut du Sein, par leurs kinés, par leurs coachs APA, ou désormais directement via les réseaux de l'association.


 Certaines n'ont jamais enfilé une paire de chaussures de rando de leur vie mais elles vont partir vivre, pour beaucoup d'entres elles, la plus grande aventure de leur vie. 

Isa Magois fondatrice de Menez Roz

"Diagnostiquée d'un cancer du sein en avril 2023, la montagne a été un véritable accélérateur de mon rétablissement tant physiquement que mentalement. J'ai eu envie de partager les bienfaits de cet environnement."

Isa Magois, fondatrice de Menez Roz

Six mois pour préparer des corps qui sortent de traitements lourds

La préparation commence à l'automne, avec des randonnées qui permettent d'apprendre à se connaître. À partir du début de l'année, elle se structure autour de quatre piliers.

Une préparation complète et encadrée

L'endurance fondamentale, "le moteur" : marche active, course, vélo, natation, à environ 70 % de la fréquence cardiaque maximale, pour tenir plusieurs heures d'effort sans s'effondrer. 


Le renforcement musculaire, "le châssis" : squats, fentes marchées, gainage, parce que le glacier sollicite énormément les genoux, les chevilles et le dos, et qu'un sac de 10 kg déplace le centre de gravité de façon que le corps ne connaît pas. 


Le travail spécifique de terrain, avec des montées d'escaliers chargées pour simuler le dénivelé, impossible à recréer en Finistère.


Et l'acclimatation et l'hydratation, souvent oubliées : apprendre à boire à l'effort, arriver reposée.

Groupe de femmes en cordée sur le glacier du Tour, séjour Menez Roz Chamonix
Femmes en montagne progressant encordées sur neige avec piolets et crampons
Participante Menez Roz au sommet du refuge Albert 1er, massif du Mont-Blanc
Cordée de femmes traversant le plateau du Trient en direction de la Pyramide Vincent
Femmes en tenue technique Lagoped lors d

L'objectif pour les séjours d'été 2026 est précis pour emmener en toute sécurité, ce groupe de femmes en montagne : pouvoir marcher plus de quatre heures avec un sac de 10 kg, enchaîner 500 mètres de dénivelé positif, tenir au moins quatre jours d'efforts consécutifs.

Se reconstruire dès la préparation

Justine, coach APA, suit chaque participante et adapte le programme aux séquelles des traitements : fatigue résiduelle, lymphoedème, mobilité réduite, douleurs chroniques. "Il est difficile, voire impossible, de recréer les conditions de la montagne en se préparant dans le Finistère. La fatigue est plus importante, certaines filles ont eu des maux de tête, un essoufflement important. C'est aussi pour ça que les encadrantes sont présentes sur les séjours."


Camille, 49 ans, illustre bien ce que cette préparation change concrètement. Malade en 2020, parcours de soins achevé en novembre 2025, pas sportive de nature, elle a commencé à marcher sur recommandation médicale. De contrainte, la marche est devenue un besoin. Sa kiné lui présente Menez Roz. Le premier séjour à Chamonix lui révèle des activités qu'elle n'avait jamais pratiquées : escalade, via ferrata, marche sur glacier. Et surtout, elle croise des femmes qui ont traversé exactement le même parcours qu'elle, alors qu'elle avait traversé sa maladie plutôt seule.

"La préparation et le premier séjour m'ont permis de retrouver confiance en mon corps et mes capacités. Tourner enfin la page de cette époque de ma vie, en cordée avec des filles exceptionnelles."

Camille, 49 ans

De Vallouise au glacier du TOUR : une saison en trois actes

2026 marque une montée en puissance pour l'association. Trois séjours pour emmener des femmes en montagne, trois niveaux de difficulté, une même direction : vers le haut.

En mars, Vallouise. Premier séjour hivernal : raquettes, ski de fond, randonnée, biathlon. Une semaine pour découvrir la montagne en hiver, lancer la saison et commencer à préparer les corps pour ce qui attend en été.

En juin et juillet, deux groupes de neuf femmes se retrouvent à Chamonix, avec le refuge Albert 1er comme camp de base.

Le premier séjour (28 juin - 4 juillet) est centré sur l'acclimatation : randonnée en altitude, escalade sur rocher, marche sur glacier.

Le second (5-11 juillet) approfondit la même progression, avec en ouverture une grande randonnée, un parcours plus long sur le Glacier du Tour, et une session de parapente en clôture de semaine.


Les guides Sophie Moritz et Emilie Fourot encadrent les cordées du premier séjour ; Marie Raphael (AMM), Suzan Loret et Anna Torreta, celles du second.

Les vestes techniques Lagoped ont accompagné les participantes sur les trois séjours : à Vallouise pendant le séjour hiver, et sur les deux semaines estivales lors des randonnées glaciaires. Quand on attaque le glacier à 5h du matin et que le froid pique, avoir froid n'est pas une option.

"Quand on attaque la randonnée glaciaire à 5h du matin, que le froid pique, on réalise l'importance d'avoir du super matos. Sur le glacier, c'était vraiment top de les avoir."

Isa Magois, fondatrice de Menez Roz

Stéphanie faisait partie de ces cordées. Six mois de préparation, puis Chamonix. Elle s'était dit que ce serait difficile. Ça l'a été plus qu'elle ne le pensait. "J'ai dû puiser au fin fond de moi pour arriver au bout. Malgré la difficulté, ce que je retiens, c'est le ciment qui a scellé l'entraide et les encouragements de mes sœurs de cordée. Je suis rentrée profondément marquée par ce que j'ai vécu là-bas."


Et puis il y a Marie V. Elle est partie à Chamonix alors que son médecin venait de lui annoncer des métastases. L'équipe médicale s'est réunie pour décider si elle pouvait y aller. En l'absence de risque de fracture, ils ont dit oui.

"Ça m'a nourrie de partir, comme une parenthèse enchantée. Je me suis dit : tu prends le meilleur, tu fais ce que tu peux. Profites-en, tu ne sais pas à quelle sauce tu vas être mangée, prends tout ce que tu peux prendre. Et j'ai été portée par toute l'équipe. J'ai réussi à ne pas flancher."

Marie V

Le filet de sécurité qui permet d'oser

Ce qui rend Menez Roz différent d'une simple association de randonnée, c'est l'encadrement à trois niveaux qui entoure chacune de ces femmes en montagne.


La guide de haute montagne est la cheffe d'expédition : sécurité, météo, choix technique du terrain, gestion de la corde.

Les encadrantes sport-santé, kinés, infirmières ou coachs APA, organisent les séances d'échauffement et de récupération chaque matin et chaque soir pendant le séjour, conseillent sur les postures, gèrent les petites douleurs, s'assurent que personne ne finit dans le rouge. 

Et Isa, qui connaît chaque participante, ce qu'elle a traversé, ce qu'elle porte.

Groupe de participantes Menez Roz posant devant le refuge Albert 1er en été
Participantes Menez Roz en crampons au départ d
Encadrante Menez Roz accompagnant une participante sur arête rocheuse en escalade
Femme en montagne après cancer du sein, ascension en cordée avec guide haute montagne
Femmes dans la neige lors du séjour hivernal Menez Roz Vallouise
Moment de partage au refuge, cordée Menez Roz après une journée en altitude

Marie H, infirmière depuis 26 ans en chirurgie oncologique et coordinatrice de parcours au Kemper Institut du Sein, a accompagné ces femmes de l'annonce du diagnostic jusqu'à la fin des traitements.


Quand l'opportunité d'être encadrante sur le séjour s'est présentée, c'était une évidence. "Accompagner ces femmes dans un défi aussi fort, au-delà de la montagne, c'était leur permettre de reprendre confiance en leur corps, en leurs capacités et en elles-mêmes. C'est d'être ensemble qui nous a donné une véritable force. Le véritable sommet était celui que chacune a franchi en retrouvant confiance en elle, portée par le groupe."


Justine, coach APA, a vu le groupe se transformer semaine après semaine entre les séances en Finistère et l'arrivée au refuge Albert 1er.

"C'est un truc que je n'oublierai jamais. Élargir sa zone de confort dans un domaine qu'on ne connaissait pas, apprendre des choses sur soi physiquement. Se préparer pendant six mois et finir comme ça, c'est top."

Justine, coach APA

Ce que la montagne fait que les soins ne font pas

Marie-Anne est revenue du séjour différente. Pas guérie différemment, mais changée dans son rapport à elle-même.

"C'est l'apothéose de ma vie. C'est un souvenir qui ne s'effacera jamais. La montagne m'a permis de me pousser sur tous les plans. Le moment magique fut la découverte du paysage, la sérénité, la marche sur le glacier, entourée d'empathie, de sororité, de quoi se reconstruire et regarder vers le haut pour toujours avancer."


Ce que racontent toutes ces femmes a quelque chose de commun : la montagne leur a rendu quelque chose que les traitements avaient abîmé. Pas leur santé au sens médical. Leur rapport à leur propre corps, leur confiance dans leur capacité à faire des choses difficiles, leur sentiment d'appartenir à quelque chose de plus grand qu'elles. 


Femme en montagne après cancer du sein, ascension en cordée avec guide haute montagne
Groupe de femmes en cordée sur le glacier du Tour, séjour Menez Roz Chamonix
Femmes en montagne progressant encordées sur neige avec piolets et crampons
Participante Menez Roz au sommet du refuge Albert 1er, massif du Mont-Blanc
Femme en montagne après cancer du sein, ascension en cordée avec guide haute montagne

Isa le formule simplement : ce qui la marque le plus à chaque retour de séjour de ces femmes en montagne, ce n'est pas la performance sportive. C'est le changement psychologique.

"Elles réalisent qu'elles sont capables de beaucoup plus de choses qu'elles ne le pensent. Elles ont pratiquement toutes envie de faire découvrir la montagne à leur famille. Certaines l'ont déjà fait."


La suite et comment soutenir Menez Roz

L'association a été invitée au Festival Femmes en montagne pour présenter son projet.Le film du séjour hiver "Les filles de Vallouise", réalisé par Coline Beal, a été soumis à la sélection. Deux films des séjours estivaux 2026, réalisés par Gilles Dedeurwaerder, sont en cours de montage.

Organiser un séjour représente environ 22 000 euros pour deux groupes de neuf femmes, transport, hébergement, encadrement sportif, guides et équipement compris. Menez Roz est soutenue par les événements solidaires d'Octobre Rose : la Kemper'ose, Concarn'rose, Trégunc Rose, ainsi que par le Kemper Institut du Sein et plusieurs partenaires dont Lagoped, SVR Lazartigue et Guy Cotten. Reconnue d'intérêt général, l'association permet à ses soutiens de bénéficier d'avantages fiscaux.

Pour soutenir ou rejoindre l'aventure : menezroz29s@gmail.com ou sur HelloAsso.

Lagoped accompagne la cordée Menez Roz avec du matériel conçu pour que rien dans l'équipement ne devienne un obstacle sur le chemin du sommet.