Retour au pays de la Meije : trois actes d’escalade et d’alpinisme
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En ce milieu d’été, c’est au pays de la Meije que le voyage s’est déroulé en trois actes autour de la Meije.
Au programme : de l’ escalade à la Meije en face nord puis en face sud, la traversée des arêtes, la Meije Orientale, le Pavé et le Pic Gaspard, avec des nuits aux refuges du Promontoire, de l’Aigle et du Pavé.
Le premier se déroule aux Enfetchores de droite, par la voie Danse avec les choucas.
Cette voie a été ouverte en 1994 par JJ et Y Rolland, cotée ED+ (7c+>7b I P2 E3).
Elle a été considérée un temps comme la voie la plus dure de l’Oisans, ce qui n’est plus le cas maintenant.
C’est accompagné de Renaud Fine que nous prenons la première benne du téléphérique à La Grave.
Cette face nord d’altitude est particulièrement adaptée aux conditions caniculaires.
La marche d’approche est efficace et 40 minutes après avoir quitté la gare intermédiaire nous nous équipons au pied de ce mur de 250 m bien raide.
La voie propose un panel très varié de longueurs, fissures, dalles, dévers tout y passe avec des longueurs jusqu’au 7c assez homogène. Cette escalade granitique est semi-équipée avec plusieurs longueurs à protéger quasi intégralement. L’ascension est technique et intense. Les longueurs s’enchaînent jusqu’au sommet.
Nous décidons de redescendre en rappel et quelques longueurs de corde plus tard nous retrouvons le pied de la voie et rentrons au pas de course pour retrouver la benne.
Quelques jours plus tard, c’est avec Seb Valran que la suite se déroule.
Retour aux Enfetchores, mais cette fois-ci les plus communs, ceux de gauche en direction de la brèche de la Meije et du Promontoire où nous sommes accueillis par Sandrine.
Le lendemain nous partons tôt de nuit pour accéder au pied de la face Sud. Après avoir remonté le glacier des Étançons, nous accédons au fauteuil et le remontons. Cette partie de nuit très typée montagne représente déjà un bel effort d’autant plus que le glacier étant très bas en cette saison et suite à son retrait, l’accès est un peu plus long.
Nous repérons le pied de notre voie Mitchka aux premières lueurs. Cette voie de 800 m ouverte entre 2001 et 2009 par Christophe Moulin et plusieurs compagnons, cotée ED+ (7a>6b+ III P2) avec plusieurs 7a est un itinéraire de renom pour accéder au sommet de la Meije par sa face Sud.
La voie est raide et nous décidons de hisser les sacs contenant tout le matériel glaciaire grâce à une « capotte prototype » cousue et donnée par l’ami Laurent Thévenot et Anabelle Bouchardon. Une fois le fauteuil gravi, la voie se décompose en deux parties, la première de 500 m permet d’accéder au glacier carré en 13 longueurs, la seconde propose une escalade athlétique sur 300 m homogène dans le 6c-7a.
Reste ensuite à atteindre le sommet du Grand Pic par la fin de la voie Pierre Allain.
Attaque et première partie de la voie
Deuxième partie de la voie
Arrivés au sommet nous nous offrons une petite pause et fêtons mon anniversaire.
La suite du parcours par la traversée des arêtes ne présente pas de difficulté particulière mais nécessite de rester concentrés. Les conditions sont exceptionnelles. Nous descendons du Doigt de Dieu et prenons pied sur le glacier de Tabuchet.
Les lueurs du crépuscule accompagnées d’un voile nuageux donnent une atmosphère onirique rare et nous serpentons au mieux à travers les crevasses avant de rejoindre le refuge de l’Aigle. Nous sommes là encore accueillis avec beaucoup de bienveillance et de gentillesse par Bea la gardienne du refuge.
Sur les arêtes de la Meije
Descente sur le glacier du Tabuchet
Après un repos bien mérité, nous repartons vers la suite de notre aventure en direction du pic Gaspard.
La première partie consiste à remonter le glacier du Tabuchet, en franchir sa rimaye en direction du col puis parcourir l’arête nord-est jusqu’à la Meije Orientale. Cette partie de la course n’a rien à voir cette année en milieu d’été avec les années précédentes, la portion raide étant en glace lui donnant un certain caractère et l’arête à proprement parler est totalement sèche. Arrivés au sommet de la Meije Orientale nous avons le droit à un feu d’artifice de couleurs avec à l’Est le lever de soleil alors qu’à l’opposé, la pleine lune semble côtoyer le Doigt de Dieu dans une ambiance violette.
S’ensuit la traversée des arêtes vers le Pavé. Le caillou est relativement bon à condition de rester strictement sur l’arête. Puis moyennant pas mal de désescalade et un petit rappel nous atteignons le sommet du Pavé où nous nous offrons une petite pause.
Traversée Meije-Pavé
L’ascension suivante est celle du Pic Gaspard par son arête nord-est. Nous traversons le col et remontons l’arête est. Cette dernière est marquée par son dièdre légèrement déversant ainsi que sa traversée dalleuse.
Arrivant au sommet, nous prenons le temps de savourer le sommet, pique-nique à la main.
Reste encore la descente, probablement la partie demandant le plus de vigilance. Vu la structure très délitée et relativement peu raide de la face, nous décidons de tout désescalader jusqu’au dernier rappel pour éviter des chutes de pierre notamment. Ce dernier nous amène sur le glacier Clair qu’il nous faut descendre moyennant pas mal de précaution sur nos crampons proche de la rimaye.
La fin du voyage s’effectue grâce à un cheminement très astucieux entre les vires du vallon Clair puis enfin la redescente jusqu’à Villar-d’Arène.
Remontée au Pic Gaspard, son fameux dièdre final et sa dalle
Arête terminale du Pic Gaspard et désescalade de la voie normale
Descente du glacier Clair et du vallon Clair
Pour le dernier acte je retrouve Renaud et nous remontons en direction du refuge du Pavé.
Nous profitons de l’après-midi pour faire quelques longueurs d’une voie en cours d’équipement par P. Mussato. Le soir nous avons le droit à une petite présentation de sensibilisation à la flore sauvage par deux gardes du parc.
Une fois de plus nous sommes très bien accueillis par les gardiennes Pauline et Manon et profitons de la diversité de la carte des bières.
Le lendemain, nous nous attaquons de bonne heure à notre nouveau projet :
Le Pavé dans la Mare (ED+ 7b>6c+ II P1 E3)
« Sans doute les plus beaux passages de 7 du massif » d’après le topo Cambon.
Cette voie de près de 400 m au milieu de la face Sud du Pavé a été ouverte en 1998 par Raphaël Borgis et Philippe Turin.
Elle a été rééquipée en 2024 grâce à Gaëtan Raymond, Laurent Thévenot, Max Bruyand, Melvin Bou, Boris Pivaudran et Adrien Varlez et l’association ONOS mais garde un caractère engagé.
Une fois le glacier Supérieur des Cavales passé nous pouvons nous séparer d’une partie de notre équipement et ne garder que le matériel d’escalade sportive et un sac de hissage.
La voie est globalement homogène, nous enchaînons toutes les longueurs.
Quelques photos de la voie
Après notre petite pause au sommet, reste un gros morceau : la descente en rappel, cette partie n’est absolument pas à négliger dans cette course, les probabilités de bloquer la corde ou rater un relais étant bien présentes.
De retour sur le glacier Supérieur des Cavales, il faut de nouveau être vigilants, ce glacier bien que de taille réduite, présente encore de belles crevasses.
Ne reste plus qu’à profiter du caractère sauvage du vallon du Clot des Cavales puis du plan de l’Alpe côtoyant les sources de la Romanche.
Toujours aussi beau de se balader autour de la reine Meije !