Gravel au Maroc : une aventure bikepacking

Écrit par : Lagoped

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Temps de lecture 5 min

Traverser le Maroc à vélo, c’est accepter de perdre le contrôle pour retrouver l’essentiel. Pour Charlotte et Nicolas, créateurs du projet RISE, ce périple de 2000 km n'était pas seulement un défi sportif : c'était une nécessité de déconnexion, un laboratoire à ciel ouvert et un test de résilience après une année intense.

Retrouver l'instinct d'aventure en terre berbère

Après une année dédiée à la préservation du patrimoine mondial avec leur fondation Rise Our World Heritage, le besoin de ralentir s'est imposé comme une évidence. "On avait besoin de retrouver l’aventure qui nous anime", confie Charlotte. L'objectif initial était ambitieux : partir d’Agadir pour rejoindre Grenoble à la pédale. Mais l'aventure, c'est aussi l'imprévu. Entre pépins mécaniques et aléas logistiques, le duo a perdu 11 jours de roulage. Qu'importe, la traversée du Maroc s'est transformée en une odyssée de 20 jours de pur bikepacking intensif.


L'un des enjeux majeurs de cette expédition était technique : tester le matériel pour leurs futurs tournages. Sur leurs montures en titane, ils ont dû affronter un terrain dont ils ne soupçonnaient pas la rudesse. Nicolas, en pleine rééducation après une opération du ligament croisé, reprenait le sport après quatre mois d'arrêt total. Le voyage à vélo devient alors une leçon d'humilité, où l'on accepte de ne pas aller aussi vite qu'avant pour mieux savourer le chemin. Le corps, cette machine incroyable, s'adapte pourtant vite : le vélo n'est pas une compétition, c'est une itinérance où l'on prend le temps.

Bikepacking gravel Maroc
Bikepacking gravel Maroc

La Route des Caravanes : un défi de gravel au Maroc

Le tracé suivait la mythique "Route des Caravanes", un itinéraire historique repéré sur le site de référence bikepacking.com. Dès les premiers tours de roue, le ton est donné : 2000 km et 28 500 mètres de dénivelé positif. Quitter l'effervescence d'Agadir pour s'enfoncer dans l'Anti-Atlas, c'est entrer dans un monde minéral où chaque kilomètre se mérite.

Bikepacking gravel Maroc

L'épreuve du Sahara et le sable roi

La traversée du désert du Sahara restera comme la journée la plus éprouvante. Le gravel au Maroc prend ici une dimension épique : la chaleur écrase (jusqu'à 34°C), le terrain est d'une technicité redoutable et le sable oblige souvent à pousser les vélos sur des kilomètres.

La journée la plus éprouvante a été la traversée du désert du Sahara. Tout était dur, la chaleur, la technicité du terrain, la longueur, le sable, mais c’était aussi une journée qu’on pourrait recommencer sans hésiter car la difficulté était contrebalancée par la beauté des paysages, et la magie d'être au milieu du désert avec deux vélos.

Charlotte Martin

La gestion de l'eau était le défi logistique numéro un. Transporter 10 litres d'eau par personne est un fardeau colossal, mais vital. Pour répartir ce poids, le duo utilisait des gourdes classiques complétées par des flasques de 4 litres filtrantes, sanglées par-dessus les sacoches ou glissées à l'intérieur pour plus de stabilité. C'est le prix de la sérénité dans des régions où il n'avait pas plu depuis deux ans.

Bikepacking gravel Maroc
Bikepacking gravel Maroc

De la fournaise du Sud aux glaces de l'Atlas

Le changement d'ambiance est radical en remontant vers le Nord. En quittant le désert, le thermomètre a chuté brutalement. Dans l'Atlas, près du mont Toubkal, les températures affichaient -2°C, avec un ressenti glacial de -7°C.


Ici, la gestion des couches est devenue une question de survie. Partis légers, sans polaires, Charlotte et Nicolas ont dû ruser. "J'ajoutais mon pantalon de pluie coupe-vent par-dessus mon legging pour me réchauffer", explique Charlotte. Souffrant du syndrome de Raynaud, elle a même utilisé des sacs de congélation dans ses chaussures pour isoler ses extrémités. Le matériel Lagoped a été mis à rude épreuve : si la veste EVE reste leur incontournable depuis des années, les conditions extrêmes de l'Atlas ont souligné l'importance d'un équipement technique parfaitement ajusté.

Le duel technique : Gravel vs Cross-Country (XC) au Maroc

Sur les pistes marocaines, le choix de la monture est crucial. Charlotte et Nicolas ont exploré les limites du gravel face au VTT.

  • Le Gravel : Idéal pour l'efficience sur les pistes de terre compacte. Équipé d'un GPS Coros Dura à recharge solaire, le guidage devient un jeu d'enfant.

  • Le VTT XC : Plus confortable dans les descentes raides et cassantes de l'Atlas.


Un problème majeur est venu pimenter le voyage : la panne de freins. Sans kit de purge au milieu de nulle part, Charlotte a dû parcourir près de 500 km avec un seul frein fonctionnel, descendant parfois à pied dans les pentes les plus raides. Cela rappelle une règle d'or du bikepacking : en zone reculée, la simplicité mécanique est souvent plus sûre que la performance pure.

Bikepacking gravel Maroc

Vie quotidienne et résilience en autonomie

Le confort est un luxe que l'on redécouvre après des jours de selle. Pour le repos, le duo utilisait une tente Samaya ultra-légère et des matelas larges pour maximiser la récupération. Apprendre à écouter son corps est devenu leur priorité : là où ils ne prenaient jamais de repos sur des formats courts, ils ont instauré une journée "off" par semaine pour tenir sur la durée.

L'art de l'assise et de la nutrition

Passer 20 jours sur une selle provoque inévitablement des douleurs. Leur secret ? Pas de sous-vêtements sous le cuissard pour limiter les frottements, un lavage quotidien à la main et une crème "miracle" pour bébé dénichée en pharmacie locale.


Côté nutrition, si les barres et lyophilisés COOKNRUN ont assuré les premiers jours, ils ont vite dû s'adapter aux ressources locales : dattes, amandes, noix et les incontournables tajines ou omelettes dans les petits restaurants de bord de piste. "On mangeait hyper souvent car l’effort creuse énormément", s'amusent-ils.

Pourquoi partir à deux ?

Le bilan de cette traversée est sans appel : le vélo est un accélérateur de relations. Apprendre à communiquer dans la douleur, gérer ensemble les pannes et partager des levers de soleil sur le Sahara crée des liens indéfectibles. Faire grandir son amour à travers l'effort est sans doute la plus belle des récompenses.

Bikepacking gravel Maroc

Prêt pour votre prochaine aventure ?

L'histoire de Charlotte et Nicolas nous rappelle que l'aventure commence là où s'arrête votre zone de confort. Que ce soit sur les pistes du Maroc ou sur les sentiers de votre région, le gravel est une invitation à la liberté.

Charlotte Martin

Ancienne traileuse devenue photographe et vidéaste, Charlotte Martin voit la montagne comme un espace de résilience et de méditation. Après s’être reconstruite à travers les sommets, elle dédie aujourd'hui son énergie à capturer la beauté du monde tout en cherchant des solutions concrètes pour le climat avec la fondation RISE – Our World Heritage. Qu’elle soit suspendue à une corde, sous une voile de parapente ou au guidon de son gravel, Charlotte transforme chaque défi sportif en une aventure humaine et engagée. e.

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